Cinéma et au-delà | «La Nuit du cerf»

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Troupe du Cirque Le Roux pour La Nuit du Cerf / Photo de Frank W Ockenfels
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Philip Rosenberg aux équilibres sur cannes dans La Nuit du cerf / Photo de Jean-Marc Helies
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Mathilde Jimenez, Gregory Arsenal et Yannick Thomas dans La Nuit du cerf
28 avril 2023,

Françoise Boudreault

Après Elephant in the Room, une première création aux références cinématographiques avec des acrobates tous·tes de blanc vêtu·e·s, vue à Montréal Complètement Cirque en 2016, Cirque Le Roux nous amène cette fois dans un film noir avec La Nuit du cerf.

Dès l’arrivée dans la salle de la TOHU, on voit le titre projeté sur un écran derrière lequel apparaît l’intérieur d’une maison cossue où se retrouveront les proches de Miss Betty, récemment décédée. Le spectacle débute par une belle scène acrobatique, qu’on voit à travers un tulle, un écran où sont présentés en mode cinéma les interprètes et leur personnage ainsi que les concepteurs du spectacle dont la metteure en scène Charlotte Saliou et la musicienne québécoise Alexandra Stréliski. La Nuit du cerf ne nous raconte pas la vie du narrateur James Brown, mais nous mène plutôt à sa mort, moment où le décor réaliste disparaît pour dévoiler une machinerie scénique originale. On passe d’une existence vouée au glamour et à la représentation du cinéma à un au-delà où les artifices ont disparu et où il ne reste que l’essentiel : l’acrobatie et la structure qui soutenait le décor. Dans cet espace post mortem, où beaucoup d’énergie humaine fougueusement vivante se déploie, le dispositif scénique intègre un fil de fer et des harnais pour deux porteurs aériens, les polyvalents Gregory Arsenal et Philip Rosenberg, qui feront voltiger Coline Mazurek et Mathilde Jimenez.

Très forts dans une catégorie que LIC libelle « le corps et ses atouts », les six acrobates excellent en main à main, portés, banquine et équilibres. Yannick Thomas s’avère un porteur d’exception, bien épaulé par Andrei Anissimov. En début de spectacle, la montée et la résolution d’une colonne à trois de même qu’une figure avec deux acrobates sur le porteur sont impressionnantes, également les séquences acrobatiques à la fin qui mêlent l’aérien et le main à main.

La nuit du cerf prend par moments des allures de comédie avec quiproquos, éclats de voix, cris, slapstick, cascades et autres ressorts comiques, nous rappelant certains théâtres d’été, populaires dans notre coin de pays. Dans cette seconde création, les interprète du Cirque Le Roux se prennent au jeu d’acteur et accentuent une théâtralité qui s’ajoute à l’esthétique d’inspiration cinématographique, deux éléments importants de la signature du Cirque Le Roux. Mais le cœur de l’oeuvre demeure l’acrobatie, le cirque contemporain, avec des acrobates polyvalents et de haut niveau qui font de La Nuit du cerf un spectacle à ne pas rater. Les représentations se terminent dimanche, précipitez-vous à la TOHU !