Françoise Boudreault
Le Festival International des Films sur l’Art (FIFA) de Montréal présentait cette année 178 titres de 52 pays dont 93 films (co)réalisés par des femmes, 60 films canadiens et 41 premières mondiales.
Touchante, la soirée d’ouverture du FIFA nous a fait mieux connaître Robert Morin, un artisan qui a marqué le paysage cinématographique québécois avec des œuvres farouchement originales. Dans Mon amour c’est pour toujours, le regard tendre et aiguisé de André-Line Beauparlant embrasse les archives autant que le quotidien de son sujet et conjoint, rappelant à quel point un artiste comme Morin est viscéralement habité par ses projets. Le voir l’hiver en forêt pendant le tournage de Festin boréal – un autre film de Morin hors des sentiers battus, c’est le cas de le dire – permet de mesurer la complexité et la persévérance, voire l’obstination, nécessaire à l’aboutissement de cette réalisation.
Pendant cette 44e édition du FIFA, le cirque est présent, mais tout de même discret, dans trois films de la programmation : Hubris de Jules de Niverville, Circus of Love and Lament de Matta Pulk et Fantastique de Marjolijn Prins. Dans Hubris, le cirque n’est pas l’élément central mais le réalisateur s’intéresse au parcours artistique de Saffi Watson.
Le Centre SANAAQ accueillait une série de neuf courts métrages sous le titre de Dance City, tournés en lien avec des architectures aux esthétiques parfois inusitées. Ainsi, dans Sea Fragment, la danse côtoie des pelles mécaniques et l’environnement d’une piscine française en bord de mer, que l’eau vient remplir à marée haute. Circus of Love and Lament de Marta Pulk – seul de la série avec du cirque – habite la piste et certains espaces du Cirque de Riga, en Lettonie. Dans cette architecture circassienne contemporaine, les interprètes célèbrent leurs sentiments mutuels et l’art du cirque. La chorégraphie des acrobates Arturs Nigalis et Marite Supe utilise par moments un dispositif aérien avec un baudrier suspendu par un câble, ajoutant une légèreté qui rappelle que si le cirque est soumis aux lois de la gravité, amène aussi les spectateurs à s’en évader. Ces films en projection continue font voir le mouvement du corps humain interagir avec le bâti et voyager en Estonie, en France, en Lettonie, en Lituanie et en Ukraine.
Le documentaire Fantastique nous parle d’une réalité bien loin de celle que connaissent les jeunes formés dans les écoles de cirque occidentales. Au terme d’une démarche amorcée en 2019, la cinéaste belge Marjolijn Prins nous amène en Guinée Conakry, dans le quotidien d’une jeune Africaine au destin inhabituel. Originaire d’un milieu modeste, Fanta pratique la contorsion et aspire à faire partie de la troupe d’Amoukanama Circus, une association belgo-guinéenne dont l’école forme des artistes de cirque. Tiraillée entre ses rêves et sa réalité, elle accomplit des tâches domestiques pour la maisonnée, va à l’école, subit des pressions de sa famille pour se scolariser et sa mère malade lui cause du souci. À l’épuisement et aux douleurs physiques causés par sa pratique acrobatique s’ajoutent les pressions de son entraîneur qui exige un haut niveau technique pour ses performances. À l’entraînement avec un groupe composé majoritairement d’acrobates masculins, Fanta doit déployer des efforts constants pour qu’ils lui accordent leur considération. Avec honnêteté, Fantastique nous dépeint un tableau où l’on sent le tourment de l’adolescente, pas toujours joyeuse à l’image, mais gaie et souriante avec les membres de sa famille et ses amis. Sa mère la masse en lui disant qu’un jour ce sera à son tour de prendre soin d’elle. Quand elle discute avec ses amis ou sa partenaire acrobatique, on sent Fanta consciente des enjeux de son émancipation. Choisie pour la tournée d’Amoukanama Circus, l’adolescente voit ses efforts récompensés et ses espoirs prendre forme pour exercer son métier. À voir si possible, pour connaître le parcours d’une jeune femme à la détermination discrète qui s’épanouit sous le regard bienveillant d’une cinéaste dont la vision pertinente sensibilise et fait voyager.
Souhaitons que le cirque fera davantage l’objet d’autres films ou documentaires de cirque à découvrir aux prochaines éditions du FIFA.