Cirque dans les Laurentides – « Wolf » de Circa, « Là-Haut » et le Festival de Cirque des Laurentides

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Trio d'acrobates dans "Wolf" de la compagnie Circa - Photo Andy Phillipson
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Acrobate aux sangles aériennes dans "Wolf" de la compagnie Circa - Photo Andy Phillipson
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Marceau Bidal dans ses sangles asymétriques pendant "Là-Haut" de Vague de Cirque - Photo Frédéric Langevin
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Sarah-Soleil Nault au cerceau aérien pendant "Là-Haut" de Vague de Cirque - Photo Frédéric Langevin
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Alizé Poitreau et Sarah-Soleil Nault en danse verticale pendant "Là-Haut" de Vague de Cirque - Photo Frédéric Langevin
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Alizé Poitreau au trapèze ballant pendant "Là-Haut" de Vague de Cirque - Photo Frédéric Langevin
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La tour panoramique du Sentier des cimes à Mont-Blanc - Photo Frédéric Langevin
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Le Camion d'intervention artistique (CiArt) au Festival de Cirque des Laurentides en 2024 - Photo Martin Bisaillon
15 août 2026,

Françoise Boudreault 

Région de villégiature quasi mythique avec ses références historiques comme Le train du Nord chanté par Félix Leclerc, les Laurentides s’étalent le long de la 15 et au-delà. Elles attirent de la métropole et d’ailleurs les amateurs de grand air qui y séjournent ou les propriétaires de résidences secondaires qui apprécient un certain confort villageois, hiver comme été. Plusieurs localités offrent des festivals dans le décor enchanteur de montagnes où abondent lacs et rivières, dans une forêt immense. Du sud au nord, le cirque s’épanouit grâce au Festival des Arts de Saint-Sauveur, au Festival de Cirque des Laurentides à Val-David et au Sentier des cimes de Mont-Blanc.

Québécois et Australiens à Saint-Sauveur

Saluons le Festival des Arts de Saint-Sauveur (FASS) et son heureuse initiative de programmer deux spectacles de cirque contemporain pendant sa 35e édition. Et pas les moindres : deux pépites par des compagnies de calibre international.

Depuis sa naissance en 2020, le collectif People Watching a fait du chemin. Après avoir franchi des milliers de kilomètres – et certainement avant d’en parcourir encore bien d’autres –, Play Dead a fait escale à Saint-Sauveur avant de repartir pour l’Europe. Ce désormais incontournable du cirque actuel propose un univers follement acrobatique et absurdement théâtral. Les Sauverois·e·s et autre public du FASS ont eu la chance d’apprécier des créateurs et interprètes charismatiques dans une création saisissante.

Entre New York et le Fringe d’Edimbourg, Circa a fait un saut de puce au FASS, ou plutôt un bond de loup avec Wolf, récente création de la prolifique compagnie australienne, qui visite le Québec avec constance depuis deux décennies, pour le plus grand plaisir des amateurs·e·s de cirque. Wolf est d’ailleurs programmé à la TOHU début octobre.

À la fois semblables et différents dans leurs seyants costumes, les acrobates de Wolf arrivent seul·e·s, puis en duos, en trio, puis en groupe. La scénographie minimale avec le plancher de la scène et une partie du mur arrière en blanc qui se teinte et où se découpent par moments les silhouettes des artistes. L’australe meute nous entraîne dans une chorégraphie pleine d’élans, basée essentiellement sur le geste acrobatique. Les cinq hommes et cinq femmes exécutent sans faille sauts, suspensions, portés, banquine, acrobatie aérienne aux sangles, loop au début et standard à la fin. Le metteur en scène Yaron Lifschitz, comme il sait si bien le faire, aime interrompre les trajectoires d’une séquence de façon inattendue. On remarque aussi la variété des entrées et sorties des colonnes, à trois ou à deux. Un lien fort existe entre la musique et les partitions circassiennes, comme dans le travail au sol avec les sangles où les mouvements s’articulent en phase avec le rythme.

Si on perçoit bien une connivence quasi animale entre les acrobates dès le début, la meute se fait davantage sentir en deuxième partie où il y a davantage de mouvements et de figures de groupe. Les dix interprètes de Wolf forment une meute à la fois disparate et unie, mais surtout captivante avec ses chorégraphies acrobatiques.

Acrobatie aérienne à Mont-Blanc

Le Sentier des cimes fait vivre au public une expérience de cirque qui s’ajoute à celle d’admirer un paysage majestueux d’une tour panoramique de 40 mètres de haut. Une fois sur les lieux, à Mont-Blanc, s’y rendre prend environ une trentaine de minutes pendant lesquelles on côtoie la cime des arbres et on observe les impressionnantes structures de bois et de métal qui soutiennent la passerelle où l’on marche. On accède à la vue panoramique par une pente douce qui s’enroule sur une dizaine d’étages. Après son ouverture en 2022, Vague de cirque – sous la direction artistique d’Alain Boudreault et Noémie Gervais – a eu l’idée d’un spectacle aérien au centre de cette structure dont la hauteur se prête tout naturellement à l’acrobatie aérienne. Les dispositifs d’accrochages sont imposants et nécessitent des mesures de sécurité strictes.

La mouture 2026 de Là-Haut réunit trois acrobates de feu et deux techniciens. Trois portes turquoises avec mini-balcon deviennent le perchoir de chacun·e des trois compères. Le ton est à la comédie et un poète, incarné par Marceau Bidal, est interrompu par le personnage débordant d’énergie d’Alizé Poitreau. Volubile et drôle, s’adressant aussi au public pendant tout le spectacle, elle tire Sara-Soleil du lit car elle veut entraîner ses amis dans une journée remplie d’activités qu’elle a organisées.

Les numéros ont lieu au-dessus d’un filet sur lequel les artistes vont aussi bondir et se déplacer. Au cerceau aérien Sara-Soleil Nault évolue avec élégance et une présence sereine. Le duo féminin de danse verticale prend appui sur des poutres tubulaires de la structure qui exigent davantage de précision qu’un mur habituellement utilisé pour cette discipline.

Pendant Là-Haut, les spectateurs ont l’occasion de découvrir un agrès acrobatique inusité, encore peu connu mais prometteur. L’excellent numéro de Marceau Bidal a été créé dans un appareil de son invention, les sangles asymétriques mises au point en 2021 en collaboration avec le CRITAC1 pendant que Marceau étudiait à l’École nationale de cirque de Montréal. À la différence des sangles habituelles, le travail de contrepoids est constant pour l’acrobate, tout sourire et à l’aise avec la complexité technique de l’appareil. Au trapèze ballant, Alizé Poitreau livre avec panache une performance de haut niveau, touchante avec ses annonces vocales d’une figure ou d’une chute.Une trapéziste à revoir lors de l’ouverture du Festival de Cirque des Laurentides le 26 juillet prochain.

Pendant une demi-heure, le trio de Là-Haut ravit les spectateurs, en grand nombre le mardi 11 août en début d’après midi, quand nous avons assisté au spectacle. Pour la troisième année consécutive, toute la famille peut apprécier la dimension aérienne du cirque dans un cadre naturel et une architecture originale pendant tout l’été à Mont-Blanc.

Festival circassien à Val-David

Du 26 au 30 juillet, pour la quatrième année consécutive, le Festival de cirque des Laurentides convie le public à des spectacles et à des ateliers. L’événement a été développé par Vague de Cirque, basée à Val-David, qui y présentera comme soirée d’ouverture autour d’un pont L’Envolée à la sapinière, et trois autres productions par la suite : Les Improbables, le Cabaret Cirque, et En Jeu. On y verra aussi des démonstrations de prouesses en BMX, Take Off de la compagnie française Tac O Tac et l’explosif WOW de Cirque Kalabanté.

Si le cirque laurentien habite le territoire, il traverse aussi l’océan. En plus de ses spectacles et du Festival de cirque des Laurentides, la compagnie Vague de Cirque étend ses activités jusque sur les rives de la mer Baltique. Avec quatre artistes internationaux, Usedom Up se déroule dans une tour panoramique semblable à celle du Sentier des cimes, les deux conçues, réalisées et exploitées par la firme allemande EAK, spécialisée dans le domaine des loisirs-nature.

Vague de cirque contribue à faire vivre le cirque actuel dans des lieux d’exception sur le territoire québécois comme le font aussi cet été les initiatives du Cirque de la Pointe-Sèche dans Kamouraska, le Cirque Alfonse dans Lanaudière ou le Cirque Collini en Abitibi, entre autres. En plus, ces spectacles saisonniers font connaître les compagnies et les artistes en dehors des grands centres, autant aux habitants des régions qu’au public en provenance d’horizons divers. Sans oublier les acrobates et autres travailleurs des arts vivants qui résident souvent à proximité pendant la durée des représentations.

Si le cirque québécois rayonne à l’international depuis un bon moment, il se fait aussi mieux connaître pendant cette première moitié de 21e siècle sur son vaste territoire où se développent des projets et événements qui valent le déplacement.

 

1 – Le CRITAC était le Centre de recherche, d’innovation et de transfert en arts du cirque. Depuis 2024 il est devenu le Centre de Recherche HUPR – Centre de recherche sur le potentiel humain (Human Potential Research Center).

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